Pratiques de guérison et surnaturel II 2010/05/30
Je continue donc ici le récit de ma rencontre avec le surnaturel à Taiwan. Il y a des praticiens dans les temples, généralement taoïstes, qui font une pratique nommée shou jing 收驚, qui veut dire littéralement “recevoir un choc”.
Cette pratique consiste à replacer l’âme de la personne au centre de son corps, car lorsque l’âme n’est pas au centre, cela peut provoquer les maladies. Certains praticiens opèrent avec un crin de cheval qu’ils agitent circulairement autour de la personne assise. Puis il faut prononcer trois fois son nom à voix haute, et à ce moment le praticien suit les paroles avec un mouvement qui semble ramener l’énergie au corps du patient. Il semble qu’il demande à la divinité de l’autel juste en face de l’aider. Il peut aussi y avoir des pressions sur le dos, la tête ou autre, mais je ne sais pas à quoi cela correspond. Une fois le rite terminé, le patient boit de l’eau purifiée placée sur l’autel, et ils fait le baibai 拜拜 (la prosternation en respect et en remerciement à cette dernière). Même si on est dans un temple taoïste, c’est à un Bodhisattva (une entité bouddhiste) qu’on s’adresse. Après le rituel, si on veut en savoir plus sur l’énergie captée par les praticiens on peut se rendre auprès d’un autre praticien qui lui va interroger le Ciel tian 天 (l’entité suprême en Chine),pour en savoir plus. Il peut alors expliquer par exemple qu’une personne souffre d’une maladie qui est liée à des incarnations passées, comme celles de certains types d’animaux, et lui conseiller certaines actions pour améliorer son karma et prévenir des problèmes de santé.
J’ai pu moi-même recevoir le shou jing plusieurs fois. Récemment, c’était chez un praticien assez reconnu qui avait plus une dégaine d’agent immobilier que de praticien guérisseur aux prédispositions étonnantes. Cette fois sur l’autel du cabinet de réception il n’y avait pas de Bodhisattva, généralement représenté sous des traits doux et compatissants, mais un dieu de la guerre, Guan Gong 

関公, rouge aux airs féroces.
Le praticien-agent immobilier a reçu la visite d’un ami au moment où j’étais chez lui. Cet ami aurait une prédisposition pour s’adresser aux monde du divin et pour poser des questions pour guider les gens. On m’a fortement recommandé de lui poser des questions, ce que j’ai fait, après tout, j’aime bien ce genre d’investigations que je mène toujours avec des antennes ultrasensibles pour tenter de comprendre ce qui se passe autour de moi… Alors j’ai posé mes questions, avec les difficultés linguistiques que ça comprend, bien sûr… Cet homme fort baraqué aux airs un peu apathiques m’a écouté, puis il a fermé les yeux et formulé ses demandes. A suivi alors une discussion longue et que j’ai trouvé plutôt répétitive de mes propres propos, sans grand intérêt. On m’a toutefois annoncé que les divinités perçoivent en moi le “pouvoir du travail”, comme ils l’appellent, et que je dois continuer mes efforts professionnels qui me permettront d’avoir un bon travail… Ben oui c’est ce que je peux espérer, parce qu’on considère qu’il faut dix ans pour “entrer” dans le domaine des études chinoises (approfondies), et j’en suis à… cinq!
A suivre aussi le récit de pratiques de transes dans les vieux temples du Sud de l’île…
Le shou jing dans un temple taoïste
Guan Gong, le dieu de la guerre
Pratiques de guérison et surnatuel I 2010/05/04
Dans la société taiwanaise, on sait que les traditions sont très ancrées, et d’autant plus encore qu’il s’agit en grande partie d’un pays d’immigrés du continent qui a eu le souci de réaffirmer son identité. En plus des nombreuses croyances en lien au surnaturel véhiculées par les grandes écoles religieuses, il y a cet innombrable flot de croyances populaires, inclassables et parfois indissociables des religions officielles, comme un appendice qui ne peut en être séparé, même s’il n’y avait pas sa place à l’origine.
Concrètement parlant, on peut imaginer cet importance des croyances aux choses surnaturelles en parlant des morts. Nombre de Taiwanais à qui j’ai parlé croient fermement à la présence des morts parmi nous, du moins des morts qui n’ont pas encore pu passer à leur prochaine vie, comme le veut la tradition bouddhiste en Chine. J’ai eu l’occasion de rencontrer des praticiens de la santé, ou guérisseurs, pourrait-on dire, chez qui cet aspect surnaturel des choses semble on ne peut plus naturel. Evidemment en Occident, on est les derniers que cela surprend encore, d’où ma curiosité…
Le premier de ces guérisseurs traditionnels que je suis allée voir avec un ami Taiwanais est un maître Shaolin (Henan) de la 31ème génération. C’est un homme de grande carrure, habillé bureau-chic avec des chaussures noires bien polies. Il ne porte aucun signe particulier de sensibilité aigüe tel qu’on pourrait se l’imaginer, aucune tunique new-agiste ou attitude de guru qui satisfasse nos fantasmes en mal de spiritualité d’Occidentaux… Je plaisante, je ne cherche rien de tout ça mais je vous promets que l’”anti-charisme du guru” va tellement loin que j’ai plus l’impression de me retrouver face à un business man plutôt qu’à un praticien aux dispositions singulières.
Dans la salle d’attente, il y a un énorme autel avec une myriade de divinités, et Damo 达摩, ou Bodhidharma 菩提達摩 (qui veut dire “enseignement de la sagesse dans son origine sanskrite”) le personnage légendaire qui a apporté le Bouddhisme en Chine. C’est Damo qui aurait apporté ses premiers enseignements du Dharma (la Loi Bouddhique) au célèbre monastère de Shaolin, et dont les moines se seraient inspirés pour allier leurs aspirations à l’Eveil et leur force physique.
Mon ami me glisse à l’oreille que le maître Shaolin ressemble étrangement au célèbre Damo, et qu’il serait peut-être sa réincarnation. Plutôt ambitieux, mais ne jugeons pas, nous ne somme pas là pour ça…
Le praticien semble travailler sur et avec les forces invisibles ou ce qu’on pourrait appeler l’énergie pour soigner ses patients/clients, je ne sais pas ce qu’il convient de dire.
Je peux moi-même assister à un phénomène surprenant. Il place sur le dos nu d’une femme assise des cylindres en bambous qu’il fait tenir sur la peau comme des ventouses. Il en place de part et d’autres de son dos. Une fois ceci fait, il commence à faire des mouvements avec ces mains, ces bras, tout en respirant comme lors d’un effort concentré. Ses mains restent à quelques 20cm du dos de la femme, il ne la touche jamais, mais l’énergie qu’il travaille fait remuer les os de cette dernière, on peut le voir très clairement avec les cylindres en bambou qui se meuvent simultanément dans toutes les directions, comme animés chacun par leur propre volonté. Il faut reconnaître que sa laisse sans voix.
En ressortant, j’observe encore attentivement d’étranges clichés collés au mur. On m’explique qu’il s’agit d’un rituel que le maître pratique une fois par an pour aider les morts à quitter le monde des vivants, et retrouver leur chemin vers leurs prochaines vies. Au sud de Taipei, il y a une région connue apparemment pour le nombre de personnes qui s’y donnent la mort en se jetant dans la rivière. C’est à cet endroit-là qu’il opère pour libérer ces âmes qui sont prisonnières. Il fait un énorme feu, puis il invite ces âmes en les appelant pour qu’elle puisse partir à travers le feu.
Sur les clichés, on voit se feu au formes mouvantes, à répétition, et, très étrangement, mais assez clairement si on regarde bien, on y distingue des formes humaines et animales, ainsi que des divinités. C’est très frappant. L’assistante du praticien me passe une vidéo de ce rituel annuel, et en fixant le brasier, j’y découvre étrangement aussi une succession de formes humaines, animales, et d’autres indéfinissables. Je ne sais pas ce que cela signifie, mais dans tous les cas, cela semble n’avoir rien de vraiment extraordinaire pour les Taiwanais qui sont là, si ce n’est bien sûr le respect et l’admiration pour les qualités du maître, et la nécessité culturelle et pragmatique de pouvoir montrer ses talents.
Le maître m’a aussi traité pour mes soucis d’insomnies, et je dois dire que ça ne m’a pas renversée de succès, mais j’aime l’idée que nous sommes encore loin de comprendre les grands mystères du monde, ou des mondes, et de leur impact sur nous. Aussi, j’ai eu l’occasion de vivre d’autres expériences similaires intéressantes, dont je vous ferai part très vite, c’est promis!
Album photos “Charlie’s Angels in Taiwan” 2010/04/02
Chers amis,
J’ai été plutôt occupée dernièrement avec mille démarches, et notamment celle pour faire une maîtrise ici à Taipei. Donc j’ai dû remuer des tonnes de papiers de paperasse qui vous savez me monte très vite à la tête, passer quelques examens, entre deux respirations zen je suis allée faire un tour au Japon pour le nouvel an chinois où j’ai visité un ami, puis j’ai déménagé de ma cave qui me déréglait complètement mon rythme biologique (enfin, pire que d’habitude). Entre quelques présentations de fin de trimestre à l’ uni, deux amies de Suisse sont venues me rendre visite et et prendre un bol d’air frais, et nous sommes allées faire un “tour de l’île”, même si cela a été un peu rapide tout de même…
Enfin, vous pouvez trouver ici de quoi vous faire une idée de ce que nous avons fait!
Je vous embrasse bien fort,
Les ailes du phoenix.
les couples taiwanais 2010/01/28
Je m’interroge depuis mon arrivée ici sur la question des relations de couples. Il m’a fort supris, et cela continue de me surprendre, lorsque j’entends le nombre de couples taiwanais qui vivent séparément. Que ce soit à travers des villes, voir des pays différents, beaucoup maintiennent une relation à distance, même à long terme, déjà mariés ou même pas. Alors, pour en savoir un peu plus je me prête au jeu des questions saugrenues aux Taiwanais comme j’adore le faire, en demandant comment cela peut fonctionner au quotidien, et il semble que la majorité des réponses corresponde au fait que le conjoint ne leur manque pas, et qu’il ne leur est pas difficile de ne pas le voir au quotidien. Parfois, c’est même bien mieux comme ça, une visite au mieux hebdomadaire étant bien assez fréquente, sinon, les disputes commencent! C’est quand même surprenant, non?!
Selon ma prof de chinois, les Chinois font une distinction non négligeable entre l’amour par l’esprit (jingshen ai 精神愛) et l’amour physique (shenti ai 身體愛). Non seulement l’amour par l’esprit serait bien souvent mis au premier plan, ou du moins pourrait prendre plus d’importance que dans notre culture occidentale, mais en plus, il ne serait pas nécessairement la raison systématique des mariages. Ce que nous nommons “amour” n’est donc pas forcément le facteur fondamental pour se marier. Il faut dire qu’ici, le mariage est considéré d’emblée de jeu comme un contrat, caractéristique que les Occidentaux ont souvent de la peine à accepter. Il me semble en effet que nous cherchons davantage à valoriser nos sentiments et revendiquer que nos mariages sont des mariages d’amour avant tout. Mais l’amour étant instable, est-ce que cela fonctionne vraiment? Dans un culture pragmatique comme ici, rien de tel qu’un contrat pour cimenter un famille. Les divorces, lorsqu’ils se font, ont généralement lieu lorsque les enfants sont adultes.
En parlant avec les Taiwanais, il semble que l’émancipation sexuelle tant chez les hommes que les femmes ne soit pas encore arrivée à son apogée… La tradition joue en effet un rôle très important, les familles sont très soudées, les enfants ne se retrouvent jamais seuls. Aussi, les enfants vivent encore beaucoup chez leurs parents jusqu’au mariage, et ne connaissent pas nécessairement de période de co-habitation avec leur petit copain /copine. Beaucoup d’entre eux cherchent en fait à repousser le plus possible le jour du mariage, car un autre problème qui leur fait bien peur se pose alors: une fois mariés, pour la première fois ils doivent vivre ensemble au quotidien, ce qui semble différer passablement de la manière dont les jeunes couples se montrent l’un à l’autre dans une relation encore non-engagée.
Chez les jeunes, beaucoup de relations semblent être bien plus des relations de “confort” comme je les appelle, plutôt que des relations basées sur des sentiments amoureux, comme une admiration de l’autre, des aspirations communes, une appréciation de la personnalité, etc. La raison est en partie due au fait que les Taiwanais ont des relations de dépendance, et des liens très possessifs. Les enfants ne se retrouvant jamais seuls depuis leur plus jeune âge, et n’ayant jamais eu à se débrouiller seuls, ils sont, le plus souvent, passablement dépendants des autres personnes, même à l’âge adulte. Il paraît donc sûrement naturel et dans la continuité des choses d’avoir un petit copain ou copine par convention, sans compter la dimension hormonale… bien sûr!
Quant à l’émancipation des femmes, je dirai d’après ce que j’observe qu’elle ne vas pas sans l’émancipation des hommes. Je crois qu’on néglige trop souvent cet aspect en revendiquant les droits des femmes. Pour que les femmes aient non seulement leur droit, mais leur propre liberté de s’épanouir et leurs possibilités de se réaliser dans la société, elles ont besoin de la coopération des hommes, qui bien souvent, ne sont pas plus émancipées qu’elles. En somme, hommes et femmes ont besoin de s’émanciper d’abord de leurs propres liens à la tradition, quitte à y retourner, mais de façon consciente, par choix.






























































































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